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Le forum : Liège-Bastogne-Liège, manquait plus que la neige comme en 80…

lundi 23 avril 2012

Liège-Bastogne-Liège, manquait plus que la neige comme en 80…

Auteur: Thierry NGO
Hello,

Cela fait 1 semaine que l’on échange par mail sur la météo de Liège (et ses environs) et le moral est un peu en berne; on a encore le souvenir du 200 de Longjumeau en tête.
Le passage de la frontière belge vendredi après-midi finit de combler nos inquiétudes, il pleut des trombes d’eau et le fond de l’air est frais…

Pour moi l’équation est simple, je vais me rabattre sur le 150 voire 150+ car en regardant la carte routière façon « Chopin’s Brothers », je note qu’en repiquant au sud de la ville de 3 Ponts, on peut récupérer les côtes de Wanne et surtout les côtes mythiques de Stockeu et de Haute Levée absentes du moyen parcours tout en s’épargnant les 100km de plus… Et surtout + de 4h sous la flotte…

Le rassemblement se fait au 1ère Classe situé à 2km du départ dans la bonne humeur, un magnifique arc-en-ciel venant égayer la fin de journée (mais bon qui dit arc-en-ciel…)
Les Kerdraon nous font visiter leur magnifique camping car flambant neuf qui à côté de nos chambres miteuses (et qui sent le tabac froid pour ma part…) fait envie ; on aurait du aller à l’Etap Hôtel refait à neuf un peu plus loin et moins cher aux dires du garçon de café qui nous sert nos Jupiler…
Un plat de pâtes plus loin, on se quitte pour une courte nuit (surtout pour les boys qui feront le 280…).
Avec Michel, on se donne RV pour 7h et pour partir tranquilou vers les 8h du mat ; mes 1300km depuis le 1er janvier m’enjoignent à faire le bon cyclo afin d’éviter une journée de galère comme à Gand.

6h du matin, Jean-Luc m’adresse un « bon courage » que je lui retourne et va rejoindre la ligne de départ; c’est lui le forçat qui va se farcir 4500m de déniv avec ses 58kg tout mouillé (bon je la ramène pas car depuis Longjumeau j’ai perdu 2kg… Rien ne sert d’acheter des roues « light », rouler sous la flotte est bien plus efficace ☺).
Le ciel est dégagé mais cela ne va pas durer… La plaque (et sa puce) fixée nous sortons de Liège et au km zéro, nous entamons la première côte ; km 0, ça traine pas et nous rappelle qu’on a quitté les Flandres et son plat pays pour les Ardennes et son absence de plat…

3 km à 6% de moyenne, à froid, moi qui ne suis pas matinal, j’ai mal et mon cardio culmine à 176 pulses ; Michel joue les jeunes filles de l’air comme à son habitude mais le ciel est tellement bas que je me dis qu’il ne vaut mieux pas tenir sa roue ; la suite allait me donner raison car jusqu’à 14h, on va essuyer averses de pluie, de grêles et rafales de vent qui dans les descentes rendent la tenue du guidon délicate…
Au premier ravito, et moins de 50 bornes on a déjà 750m de deniv… Les paysages valonnés et verdoyant s’opposent aux Flandres plates et sentant les épandages; on a quitté le pays du gitan alias Roger De Vlamenk pour l’aristocratie des cyclistes de Grands Tours et les 5 victoires d’Eddy.
Michel me dit ne pas avoir pris le temps de contempler le paysage, moi je suis ravi de ces montagnes russes, on enchaîne les côtes (une côte type Homme Mort n’est pas répertoriée pour info sur nos petits cartons, seulement les monts mythiques…)

On arrive à la bifurcation 156/271 et j’ai une pensée pour nos gaillards partis tout droit ; plus tard j’apprendrai que Pierre échaudé par son final de l’Amstel du w-e dernier aura tourné sur le 156 avec Jean-Jacques. Mais c’était pour mieux exploser les chronos des ascensions (coquin va ☺)
Première côte du parcours, la Côte de l’ancienne Barrière, roulante et assez facile mais on commence à se prendre une saucée disons de « qualité »… J’ai toujours en tête de repiquer plein sud et d’aller chercher les côtes; Michel lui se ferme et mange toutes ses galettes au miel récupérées au dernier ravito 7km avant, « j’ai faim » me dit-il et l’on n’est qu’au km 55…

On se quitte donc et après une dizaine de km je récupère la côte sauvage de Wanne et croise quelques fadas partis sur le 271 qui m’adressent un bonjour amical.
Ensuite Stockeu et son véritable mur ; j’oscille ma petite carcasse assis à 6,5/7 km/h et hallucine sur l’endroit ; le bitume est pas terrible et vu la taille de la route on se croirait chez l’habitant ; un petit détour pour aller chercher cette belle « saloperie », 2300m et 21% de max sur pas mal de mètres, certains sont à pied…
Mais au sommet, l’ambiance est au recueillement devant la magnifique stèle Eddy Merckx qui résume son étonnant palmarès… 5 fois vainqueurs à Liège. J’y reste pas mal de temps pour souffler et prendre une photo. Les cyclos s’attendent mais l’atmosphère est religieuse.
Descente sinueuse les mains sur les patins (c’est fou la gomme qu’on peut user sous la flotte) et ensuite côte de Haute Levée 5 km plus loin, pour « récupérer » sur 3500m à 5,6% (et 12% de max quand même !!)

Mais les hostilités ne font que commencer car le col du Rosier (oui oui c’est un col quand on grimpe pendant 4500m à 5,7% de moyenne) est chronométré.
Ça souffle fort et la pluie n’a pas cessé. Au sommet au ravito la tente sous laquelle je m’abrite manque de s’envoler ; il y-a toujours des distributeurs de boissons énergétiques mais c’est sur les barres en choco, les bananes et le miel en petites dosettes que je me réchauffe.
Une équipe féminine belge se marre car une voiture les suit pour tourner un film ; je vais rouler avec elles jusqu’à Liège malgré moi et ainsi leur bousiller pas mal de leurs rushes car mon maillot ASM ne ressemble pas du tout à leur tunique verte et noire…

Je regarde mon compteur qui affiche +30km par rapport à la distance normale du parcours moyen et 2000m de déniv… La moyenne roulée est faible (22km) mais l’on ne peut pas se lâcher dans les descentes détrempées. Reste 80km et les principales difficultés et j’ai les doigts gelés. Dans la descente je suis obligé de m’arrêter pour retirer mes gants et essayer de me réchauffer ; mes pieds tiennent malgré l’oubli de mes couvre-chaussures remplacés par 2 poches en plastiques enfilées sur les chaussettes (systeme D ☺)
Il y-a par la suite le Mont-Theux, assez insipide au milieu de la circulation dense et qui marquera le début environ de la retransmission TV de France TV le lendemain.
Le vent souffle fort mais le soleil commence à revenir pour nous sécher.

Il faut penser à se ravitailler car la Redoute approche ; le début de la montée est encadrée par les camping cars des fans ornés de posters des champions ; les peintures sont à la gloire de l’enfant du pays, PHIL PHIL (un appel au père Chopin pour y venir ? ☺)
J’ai mis 34x21 mais peine et surtout ne peut passer le 23 tellement ma chaîne est tendue ; un petit jeune me passe vitesse grand V et porte des chaussettes de foot bien épaisses mais je le retrouve 10m plus loin arrêté sur le bord de la route (ah jeunesse fougueuse, faut respecter la Redoute, c’est pas Valverde le lendemain qui me contre dira…)
Le sommet est fêté par une stèle rendant hommage aux Français qui ont battu les troupes Autrichiennes au 18ième siècle (à l’allure où l’on passe, on a le temps de lire les dates ☺)
Il faut enchaîner ensuite la nouveauté de 2008, la côte de la Roche aux Faucons qui commence à peser dans les cannes (10% de moyenne sur 1500m et 16% de max…)
Nibali va démarrer à cet endroit, difficile d’imaginer qu’on peut y passer aussi vite quand je me revois planté et dépassé par les 2 féminines belges toujours en train de tourner leur film…
Mais j’ai à peine le temps de reprendre mon souffle que je suis à nouveau planté sur le raidar qui suit, un petit mur noté nulle part…
Vient ensuite la descente sur Liège, sèche et plaisante mais au milieu de la circulation et des quartiers industriels assez peu séduisants.
Le final est proche et je dois remettre mon imper pour essuyer mes dernières averses.
Virage à droite et c’est parti pour le final mythique que je dévore chaque année devant ma TV.
Certains cyclo « secs » sont partis pour une montée pédestre ; Je serre les dents mais pas l’ombre d’une crampe, j’ai bien géré, cette dernière bosse à passer afin de dépasser les 3000m de déniv.
S’ensuit la montée en faux plat de Ans où quelques personnes de leur voiture m’adressent des « Allez Meudon » ! il pleut des cordes, j’ai hâte d’en finir même si les feux m’empêchent de monter d’une traite le final d’arrivée.
Encore quelques km et un bel arc-en-ciel illumine le ciel, ça y-est j’aurai droit à ma bière servie par Jean-Jacques et avalée comme du petit lait, la meilleure et le meilleur moment après la douche ☺.
Joël, JJ et Pierre vont passer l’après-midi à nous attendre eux qui sont partis dès 6h du mat avec les 4 fadas du 271…
La musette offerte Rapha avec son magnifique T-shit (la marque qui monte de vêtements cyclistes de luxe vintage au prix des Assos…), la médaille, diplôme et un nouveau T-shirt finissent de combler les « finishers »…
Au compteur, 185km et 3200 de déniv, digne d’une cyclo montagnarde…

Les rudes gaillards arriveront vers 19h avec 100km de plus et 4500m de déniv, truc de malade… En attendant leur arrivée, avec Michel on va se réchauffer autour d’un Picon bière et ramener pour ma part 6L de Jupiler et des paquets de galettes fourrées au miel (celles au chocolat et caramel sont aussi délicieuses…)
Je prends la peine de photographier après la douche Jean-Luc qui n’a jamais été aussi marqué physiquement par les efforts et qui n’en revient toujours pas de la difficulté de cette épreuve…

La soirée dans une brasserie clôturera dans la joie ce w-e ardennais avec en prime la tournée de bière offerte par la patron… Y-a pas à dire, les Belges savent accueillir…!

C’est sûr cette première fois, on en reparlera encore longtemps entre nous.
Reste maintenant à savourer une binouse devant sa TV et à se dire que finalement la TV ne retransmettra jamais à l’image toute la difficulté de cette épreuve de punchers/grimpeurs…
Quant à y revenir par beau temps, ça nous titille tous même si perso la marche entre le 156/271 reste grande même par beau temps…
Chapeau donc aux 4 fadas du 271 et bravo à Pierre qui a explosé les 4 chronos et merci à Jean-Jacques pour ses conseils, lui qui a l’expérience de cette épreuve lors de ses jeunes années.

A bientôt pour en parler autour d’une binouse et pour les autres, j’espère que je vous aurai donné l’envie d’aller y faire un tour l’an prochain, au moins sur 185km afin d’y visiter la légende Merckx, Hinault et Cie…

Thierry NGO-DURAND.