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Le forum : Etape du Tour Pau-Luchon

samedi 21 juillet 2012

Etape du Tour Pau-Luchon

Auteur: pierre gadiou
Cette étape Pau Luchon est pour moi un retour en arrière de trente huit ans. Bien qu’habitué des cols pyrénéens, je n’ai effectué ce parcours qu’une seule fois mais dans l’autres sens, en 1974, lors d’une Randonnée des Cols Pyrénéens, j’avais alors vingt ans …
Les cinq grands cols historiques du Tour de France dans les Pyrénées (Aubisque, Soulor, Tourmalet, Aspin et Peyresourde) empruntés pour la première fois en 1910, sont au programme de ce périple de 199 km et 5000 mètres de dénivelé. A l’époque, les coureurs avaient qualifié l’enchaînement de ces quatre cols de « Cercle de la Mort » et avaient traité les organisateurs d’assassins.
Au départ, sur la place de Verdun à Pau, le ciel est très nuageux mais les speakers annoncent une météo agréable sur le parcours ce qui rend tout le monde optimiste.
Dans les trente cinq premiers kilomètres jusqu’à Laruns, je roule à mon rythme et n’essaie pas de m’accrocher aux groupes qui me doublent à vive allure. Je suis heureux d’arriver dans les premières pentes du col d’Aubisque que j’affectionne particulièrement. Je connais parfaitement ce col pour l’avoir grimpé plus de cent fois. La première fois, en 1969, j’avais quinze ans, j’y étais monté pour voir le Tour. Eddy Merckx était passé en tête au sommet dans son échappée légendaire en direction de Mourenx.
Je sais que je dois gérer mon effort pour aller au bout de cette étape et je grimpe en dessous de mon rythme habituel. J’échange quelques mots avec plusieurs amis cyclistes qui me doublent dont Hubert Le Priol. Peu avant Gourette, contrairement aux prévisions météo, le temps se gâte, nous entrons dans un épais brouillard. J’ai une pensée pour tous ces étrangers venus de l’autre bout du monde qui ne peuvent pas profiter du paysage splendide du cirque de Gourette. Au sommet, on ne voit qu’à quelques mètres, il pleut et il fait froid. J’enfile mon imper et me lance avec appréhension dans la descente sur la route en corniche cirque du Litor, une des routes les plus spectaculaires des Pyrénées par beau temps. J’ai froid aux mains et je commence à grelotter. La courte montée vers le col du Soulor ne me réchauffe pas. Je suis à moins de trente kilomètres de chez moi et je me demande vraiment si je dois continuer ou descendre par le versant nord pour aller me mettre au chaud à la maison. Je n’aime pas abandonner et mon défi personnel de l’année étant d’enchaîner les deux étapes du Tour, je décide sans enthousiasme de continuer vers l’est. Sous la pluie, la descente de vingt kilomètres vers Argelès est un calvaire et j’arrive gelé au ravitaillement. Un bénévole incite les participants à prendre des tubes de gel énergétique qu’il distribue gracieusement. Cela m’énerve car je sais que je vais retrouver ces cochonneries sur la route. J’ai définitivement banni de mon alimentation ces topettes en plastique non dégradable qui ne contiennent que quelques grammes de sucre censés booster les performances … Après quelques minutes d’arrêt, je reprends la route sans entrain. La pluie s’est arrêtée et je me maintiens dans un groupe d’une trentaine de cyclistes afin de me protéger du vent car je sais qu’il faut s’économiser dans la longue vallée qui mène à Luz Saint-Sauveur au pied du Tourmalet. Dans les premières pentes du col mythique, le plus souvent gravi par le Tour, le soleil fait une brève et timide apparition. Je ne suis pas au mieux et la rampe de Barèges me semble interminable. Le ravitaillement situé sur le parking de Tournabup à mi-col me permet de me refaire une petite santé. Je ne m’attarde pas trop car il fait très frais. Nous empruntons la nouvelle route qui décrit de beaux lacets dans les alpages et qui est un peu moins raide que le passage par le pont de la Gaubie qui porte désormais le nom de voie Laurent FIgnon. A cinq kilomètres du sommet, le brouillard nous enveloppe à nouveau et limite la visibilité à quelques mètres mais n’atténue pas la pente qui atteint dix pour cent dans les deux derniers kilomètres. Au sommet, l’atmosphère est humide et glaciale, il ne fait que cinq degrés. J’échange quelques mots avec des amis cyclistes du club de Nay venus encourager les copains, j’enfile mon coupe-vent et me lance dans la descente, immédiatement arrosée par une pluie glaciale. A l’entrée de la Mongie, la route recouverte de boue et de crottes de brebis est glissante et dangereuse, heureusement des signaleurs font signe de ralentir. Dans de telles conditions, la descente du col est pour moi plus pénible que la montée et j’arrive gelé et trempé à Sainte-Marie de Campan. Là, je m’efforce de ne pas céder aux sirènes de l’abandon comme de nombreux concurrents à la vue des cars et des semi-remorques prêts à ramasser ceux qui en ont assez. La pluie s’est calmée lorsque je repars après quelques minutes d’arrêt au ravitaillement malheureusement dépourvu d’aliments salés. L’ascension du col d’Aspin débute immédiatement. Heureusement, les premiers kilomètres sont faciles et me permettent de me réchauffer. Peu avant Payolle, où débute la véritable montée (6 km entre 7 et 8%), je peux enfin retirer mon imper. La montée en lacets dans la forêt de sapin est très belle et je remarque une pancarte attendrissante sur laquelle est écrit « courage mon chéri, j’ai mis tout mon amour pour toi dans tes bidons ». Peu avant le col, le brouillard nous enveloppe à nouveau. Fort heureusement, la descente sur la vallée d’Aure est moins humide que les descentes précédentes. A Arreau, une armada de cars est prête à ramasser les cyclistes en perdition, mais maintenant, l’idée d’abandonner ne me vient plus à l'esprit car il ne reste plus que le col de Peyresourde à gravir. Cette dernière ascension débute par une longue portion facile dans laquelle il faut veiller à garder des forces car les huit derniers kilomètres à huit pour cent de moyenne sont éprouvants avec près de deux cents kilomètres dans les jambes. Je suis rattrapé par Michel Dubin, un fidèle de l’Immortelle, avec qui j’ai le plaisir de faire un bout de chemin en discutant ce qui me remonte le moral. A cinq kilomètres du sommet, je double Claire Jaunet, une amie de la Patrouille Eco Cyclo, mais je sais qu’elle va me rattraper dans la descente. Les huit derniers kilomètres me paraissent finalement assez faciles et je pense que j’aurais beaucoup plus souffert sous la canicule. Comme dans tous les cols précédents, le sommet est enveloppé dans un épais brouillard mais le pire est à venir dans la descente arrosée par une pluie cinglante qui empêche d’ouvrir correctement les yeux. Je ne prends aucun risque et je me fais doubler par plusieurs cyclistes dont Claire qui m’a rattrapée et m’attend pour que nous passions la ligne d’arrivée ensemble après 10h30 de vélo.
Je suis content d’avoir résisté à l’envie d’abandonner et d’avoir bouclé ces deux étapes du Tour très exigeantes en moins d’une semaine d'intervalle en 20h00 de vélo au total (9h30 dans les Alpes et 10h30 dans les Pyrénées) - 374 participants seulement sur près de neuf cents inscrits au deux épreuves y sont parvenus. C’était un de mes principaux objectifs 2012.