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Le forum : REV 2012

mercredi 01 août 2012

REV 2012

Auteur: michael albrecht
Après mon REV 2011 en catégorie « Randonneurs », j'étais inscrit cette année en catégorie « ULTRA sans assistance », c'est-à-dire en version contre-la-montre individuel sans assistance. L’objectif était de boucler les 610 kms et 11700 m de dénivelé en 35 heures. Basé sur mon expérience de l’année dernière, mon plan était de gagner une heure par 100 km parcourus par rapport à mon temps limite le premier jour, de conserver cette avance pendant la nuit et de gérer ensuite le deuxième jour. Il a parfaitement marché jusqu’à minuit, malgré quelques difficultés rencontrées dès le départ.
Je suis parti de Luxueil-les-Bains à 7 h 40 précises sous des trombes d'eau et en descendant prudemment la rampe de départ glissante. La visibilité était tellement réduite que non seulement le Kway s’imposait dès le départ, mais également la chasuble. La pluie s’est calmée progressivement au cours de la matinée et lors de mon deuxième passage au col des Croix (101 km et 1843 m), j’avais gagné une heure par rapport à mon temps limite. À environ 4 km du sommet du col des Croix, un certain Éric Leblacher m’a doublé. Nous avons échangé quelques phrases et il s’est ensuite envolé avec la légèreté d’un papillon.
La troisième étape était très courte, mais dure, 19 km pour 703m. Après une descente rapide vers Le Thillot, il fallait monter le versant nord du Ballon d’Alsace ce que j’ai fait sans problème sous le soleil.
La prochaine boucle faisait 65 kms et se terminait par l’autre versant du Ballon d’Alsace. Arrivé au sommet, j’étais au km 181 et 3411 m de dénivelé et malgré un temps très lourd, j’avais réussi à creuser encore mon avance par rapport au temps limite que je m’étais fixé. Lors de l’ascension, mon compteur affichait par moments 31 °C alors qu'il ne faisait presque pas de soleil.
La difficulté principale de la prochaine étape était le Markstein. Arrivé au contrôle au sommet du Markstein (km 238 et 4657 m de dénivelé), j'avais cumulé plus de 2 heures et demie d'avance. Je me suis ravitaillé et mis mes affaires pour la nuit.
Au cours de l’étape suivante, la nuit commençait à tomber et avec ma nouvelle lampe surpuissante, j'ai pu avancer très vite et ainsi conserver cette avance jusqu'au col du Calvaire où je me suis pointé vers 23 h 30. J’ai roulé pendant cette étape avec Aloyse, un habitué du REV avec qui j’avais déjà fait un bout de chemin l’année dernière. Il était suivi par sa femme au volant de la voiture d’assistance et dès que possible elle mettait les pleins phares pour nous éclairer mieux la route. En revanche, afin de respecter le « no drafting », nous roulions côte à côte et non l’un derrière l’autre.
Arrivé au sommet du Calvaire (km 313 et 6058 m), j’ai mangé quelques sandwichs, des grillades, une soupe, des fruits secs, le tout rincé par un gros Coca et c’était reparti. C’était quelques minutes après mon départ du col du Calvaire que mon calvaire à moi devait commencer. J'ai eu droit au premier orage un peu après minuit et je ne me doutais pas encore que ça allait durer jusqu'à vers 3 heures du matin et que les orages devaient devenir de plus en plus violents. C'était un véritable déchaînement de foudres, accompagné de zones de brouillard. Entre une heure et demie et 2 heures, l'un des orages était directement au-dessus de moi et je commençais à angoisser un peu, impossible de trouver un abri en altitude. J’ai quand même fini par en trouver un sous lequel était déjà le duo breton que j’avais croisé régulièrement aux différents contrôles depuis le départ. On était parti de Luxueil à trois minutes d’intervalle. Au bout d’une demi-heure, l’orage s’éloignait et je suis reparti toujours sous des trombes d’eau. Je sentais l’eau couler sur le corps, malgré les deux couches imperméables que je portais. Dans la descente du col de la Schlucht vers Munster, je ne voyais plus rien de la route excepté les bornes kilométriques. Le mental commençait à prendre des coups. Vers 4 heures du matin, au pied du Petit Ballon, j'ai glissé sur un rail de chemin de fer que je n'avais pas vu à cause de la route trempée et en tombant je me suis fait mal au coude et à la main n’ayant pas eu le temps de lâcher le guidon. Le vélo avait l’air d’avoir mieux résisté à la chute que moi. Un peu sonné et ne pouvant plus m'appuyer correctement sur ma main gauche, j'ai réussi à passer la rampe d'accès du col avec un passage à 17 % selon mon compteur. Je me suis ensuite traîné en haut du Petit Ballon (les 8 derniers km sont entre 8 et 9.5 % de moyenne) où j’ai été pointé à 5 h 55 (km 403 et 7888 m de dénivelé).
J'ai fini par abandonner au contrôle du Petit Ballon après une demi-heure d'hésitation. Je ne me sentais plus d'attaque pour faire la descente à venir indiquée comme très dangereuse lors du briefing de la veille (la consigne était de ne surtout pas quitter le milieu de la route à cause des gravillons et d’une route irrégulière) ni pour attaquer le Platzerwasel dans la foulée, qui constituait la deuxième difficulté majeure du parcours après le Petit Ballon qui n’a de petit que le nom. Je me souvenais très bien de ce passage de l’année précédente et ma chute a finalement achevé ce qui restait de mon mental déjà entamé. Fatigué, frigorifié, fâché et déçu à la fois, j’ai jeté l’éponge — ou plutôt les cales – vers 6 h 30 du matin après avoir effectué deux tiers du parcours. J’aurai donc une revanche à prendre en 2013. Apparemment, les années impaires me conviennent mieux.
Mon copain Bernard du club de Ris-Orangis, avec qui j’avais fait le voyage en voiture, était inscrit sur le parcours de 420 km. Il a fait une chute sur gravillons mouillés à 20 km de l’arrivée et s’est retrouvé aux urgences de Luxueil avec une grosse plaie au sous-bras après avoir rejoint l’arrivée en vélo. Au retour des Vosges, il y avait une ambiance d’infirmerie dans la voiture.
L’épreuve a été remportée par Éric Leblacher en 24 heures, 18 minutes et 20 secondes. Je précise qu’il a remporté l’épreuve toutes catégories confondues alors qu’il s’alignait en catégorie ULTRA SANS assistance.
À l’heure où j’écris ce récit, le coude et la main vont mieux, il ne me reste qu’un gros bleu au niveau de la hanche et le moral cyclo un peu en berne.