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Le forum : Quebrantahuesos

jeudi 04 juillet 2013

Quebrantahuesos

Auteur: pierre gadiou
La Quebrantahuesos le 22 juin 2013 à Sabinanigo (Espagne - Aragon)

En franchissant la ligne d’arrivée de ma dixième Quebrantahuesos, la tête encore pleine des « aupa », « animo », « campeon » … que m’ont adressé les milliers de spectateurs présents sur le parcours, je n’ai qu’une envie : revenir pour revivre la magie de cette épreuve exceptionnelle.
La Quebrantahuesos est une alchimie entre un gigantisme maîtrisé (plus de 10 000 participants cette année), un parcours splendide à cheval sur la frontière franco-espagnole et une ambiance de fiesta.
Le départ et l’arrivée ont lieu à Sabinanigo, petite ville située dans la province d’Aragon à une centaine de kilomètres au sud de Pau. Le parcours de 200 km et 3400 mètres de dénivelé est immuable et magnifique.
Cette année, le temps était au grand beau pour le bonheur de tous les cyclistes.
Chaque année, mon scénario est le même :
Je suis impressionné au départ par ce gigantesque peloton, la présence de quelques célébrités du cyclisme espagnol et l’hélicoptère qui tourne au dessous de nous
Je frissonne en entendant les acclamations de la foule lors de la traversée de Sabinanigo
J’ai peur de la chute durant les vingt premiers kilomètres quasiment plats et parcourus à très vive allure
Je suis heureux d’arriver dans les premières pentes du col du Somport dominé par de splendides montagnes rocheuses rouges aux airs de Colorado
Je m’étonne de voir rouler côte à côte des motards de la Guardia Civil et de la Gendarmerie Nationale
J’apprécie la beauté sauvage de la vallée d’Aspe dans la descente du Somport située en partie dans le Parc National des Pyrénées
Je souffre dans l’ascension des quatre derniers kilomètres très raides du col de Marie Blanque avant d’être émerveillé dans la descente par la beauté du pastoral plateau du Benou face aux montagnes enneigées du massif de Gourette.
Je déplore les nombreux déchets jetés dans la nature sur le plateau du Benou après le ravitaillement
J’appréhende la très longue ascension du col du Pourtalet et il me tarde d’arriver au Chêne de l’Ours pour voir l’Ossau (2884m), sommet emblématique du Béarn et haut lieu du pyrénéisme
Je suis soulagé en arrivant dans les verts pâturages d’Aneou, proches de la frontière
Je suis comme porté par les acclamations des nombreux spectateurs massés au bord de la route ans les derniers kilomètres du col et j’ai l’impression d’avancer sans pédaler
J’admire le panorama des sierras aragonaises dominées par le pic d’Enfer mais je sais qu’il faut être prudent dans la descente très rapide du val de Tena
Je peste contre les innombrables journaux jetés par les concurrents au pied de la descente
Je me réjouis d’emprunter l’improbable et vertigineuse petite route en corniche au dessus du lac de Bubal qui nous conduit au puerto de Hoz de Jaca
Je sais qu’une demi-heure plus tard je vais terminer une fois de plus la Quebrantahuesos sous les acclamations des nombreux spectateurs présents à l’arrivée
Je suis heureux mais je m’inquiète de la pollution engendrée par le comportement inadapté d’un trop grand nombre de cyclistes espagnols
Je sais cependant qu’après la course, les déchets sont ramassés par une équipe d’une trentaine de bénévoles dévoués de la Pena Ciclista Edelweiss qui refont le parcours à pied et grâce auxquels l’épreuve peut continuer à exister
Je sais que ce n’est pas une solution et qu’il faudra encore répéter longtemps « No tires nada », « La basura a la basura » … mais je constate cependant que les comportements commencent un peu à s’améliorer
Je remercie Roberto Iglesias, fondateur charismatique de la Quebrantahuesos et acteur du mouvement Eco Cyclo depuis son origine, d’avoir créé et developpé cet événement unique.
J’espère que la Quebrantahuesos saura garder son âme malgré le gigantisme et continuera longtemps à planer sur les Pyrénées comme le gypaète barbu (quebrantahuesos en espagnol) emblème de l’épreuve.
Je termine 4335ème sur 10 000 participants en 8h02, c’est mon troisième temps sur mes dix participations mais quand même 14 minutes de plus que l’année dernière.

Pierre Gadiou