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Le forum : L\'étape du tour

lundi 01 septembre 2008

L'étape du tour

Auteur: Michel Santidrian
Dimanche 6 juillet 2008

Départ de Bruges sous la pluie. Elle sera notre plus fidèle
supportrice.
Arrivée à Pau vers 6h20. Vite vite trouvons une place pour garer la
voiture pas trop loin du départ. Ce n'est pas chose facile mais
c'est fait. Maintenant reste à sortir de la voiture et à monter les
vélos sous la pluie. Je regarde Pierre et Michaël qui n'ont pas
l'air enchanté non plus. On n'est pas venu là pour enfiler des
perles ; alors Pierre le plus motivé sort de la voiture le 1er. Nous
le suivons, guère pressés de quitter notre abri bien chaud.
Les vélos prêts, nous voila partis en direction du stade de pelote
lieu du départ.
Les choses sont bien faites car les sas sont bien aménagés en
rangées et nous ne sommes pas dispersés dans les rues de la ville
comme cela avait été le cas à Mourenx pour l'édition de 2005.
Dossards « parlant », nous nous dirigeons vers nos sas respectifs.
Je suis à côté d'une délégation brésilienne. Ils sont une quinzaine
dont une fille (si si, une vraie fille...blonde sous le casque...je vous
voyais déjà venir... :o)
Départ : la pluie se calme un petit peu, c'est devenu un crachin. Je
ne m'affole pas car la journée va être longue, mais j'aimerais bien
rattraper sinon Pierre mais au moins Michaël qui va aussi prendre
son temps.
Les premiers kms ne sont pas trop mouvementés et l'on sent bien que
les gars ne sont pas trop pressés. Cela change des départs à fond
des cyclosportives classiques. Je remonte beaucoup de monde tant que
ce n'est pas trop bossu. Premières crevaisons dès les 1ers kms. Je
lève les yeux au ciel et souhaite que ça ne m'arrive pas.
Côte de Labatmale km 52, ça coince devant mais ça passe.
Chemin faisant nous arrivons à Lourdes, lieu du 1er ravito aux
environs du 65ème km. Je continue ma route car j'ai tout ce qu'il
faut dans les poches et de plus c'est la cohue. Je m'arrête un peu
plus loin pour satisfaire un besoin naturel loin du centre. Un
maillot jaune et bleu passe. C'est Michaël qui lui s'était arrêté au
ravito. Nous repartons ensemble, toujours sous les larmes du ciel.
Côte de Loucrup, pas des bosses de fillettes ces deux là.
Nous passons Bagnères de Bigorre et Campans. Je croise un copain
Souillaguais (Jean Claude) avec qui je fais un bout de chemin mais
qui coince dans une montée. On se reverra plus loin, pas grave.
Ste Marie de Campans. Déjà 1200 m de dénivelé fait.
La sortie du bourg indique que le Tourmalet commence. On passe aux
choses sérieuses. Michaël est déjà devant. Il a profité d'un de mes
arrêts antérieurs de pause prostate pour filer. Tiens, ça me fait
penser que je m'arrêterais bien à nouveau. En remontant sur le vélo,
Pierre passe. « Que fais-tu là lui demandais je ? » « J'ai crevé a 7
kms du départ » grommèle t'il les mains en avant pour preuve de ses
dires. On continue ensemble jusqu'au ravito de la Mongie au km 115.
Je n'aurais jamais dû m'y arrêter.
Je prends une banane en jouant des coudes. Verte. Bon pas grave,
mangeons. Un bénévole me propose de remplir mon bidon avec de
l'Enervit. OK, ça va me permettre de gagner du temps. Pierre
m'interpelle disant qu'il repart. J'enfourne ma banane, l'avale plus
que je ne l'a mange, jette la peau dans un container et hardi petit,
c'est reparti pour les 4,5 km de montée restant. J'ai le ventre
lourd en arrivant au sommet, la banane passe mal. Ce n'est pas grave
j'ai toute la descente pour la digérer plus la route menant au pied
de la dernière difficulté. Pierre me demande, en enfilant son coupe
vent / imper, de ne pas l'attendre dans la descente. OK, c'est
parti. Les premières courbes sont délicates car sous la pluie, tout
le monde sait que l'on n'a pas un freinage optimal. Faut arriver
vers les 1000 m d'altitude pour trouver une route sèche. On va
pouvoir enfin lâcher les chevaux. Je double pas mal de monde. Seul
un parisien arrive à me suivre. Le crin crin lancinant de ma chaine
sèche commence à m'agacer. La pluie a enlevé toute l'huile. Le faux
plat reliant Hautacam se passe bien. Le pied du col est en vue. J'en
profite pour m'arrêter au stand Mavic que j'avais remarqué en
étudiant le parcours. J'attends que des concurrents avant moi en
aient fini avec leurs ennuis.
Après le coup d'huile je peux repartir. Les premiers lacets de la
montée se profilent et je constate amèrement que la banane que
j'avais oubliée se rappelle à mon bon souvenir. J'ai de nouveau le
ventre lourd. Le fruit pas mûr n'est pas passé. Je ralentis
l'allure. Rien à faire, j'ai le coeur au bord des lèvres. Je stoppe
dans une courbe et m'assois sur un recoin cimenté. J'attends 10 / 15
minutes que ça passe. Pierre me voit et me demande ce que j'ai. Je
lui fais signe que j'ai mal au ventre et lui dit de continuer. Un
autre copain Souillaguais (Patrick) passe peu de temps après.
Deuxième mimique de douleur. Je me force à repartir. Les panneaux
routiers m'indiquent qu'il reste 8 km avant le sommet. Trop dur.
J'ai du mal à rouler car la route est coupée en deux par des cônes.
N'ayant pas d'autre chemin car l'arrivée est en cul de sac, les
premiers sont obligés de redescendre par le même côté. Je m'arrête,
j'abandonne, j'en peux plus. Je marche sur la route le vélo à la
main. Je remonte dessus. Je m'arrête à nouveau. 5 km encore à
faire. « C'est au dessus de mes forces » me dis-je, « cette fois-ci
c'est bon, j'attends la voiture balai ».
Au cou d'un concurrent descendant, je vois une médaille. D'autres
gars l'exhibent aussi, c'est la breloque de l'étape du tour.
« Ramènes-là à Muriel » me serinais-je, « ramène-la, vas' y fais le
pour elle ». A force de me motiver, de marcher, je distingue au
dessus de moi le porche d'arrivée. Allez, plus quelques virages et
c'est la délivrance. Je passe le porche. 8h47'59 m'indique le
chrono officiel et 169 km. M'en fous. J'y suis arrivé. Les bénévoles
me donnent MA médaille et mon bon pour le repas. Je me dis que j'ai
bien fait de continuer, seuls les arrivants ont le droit de
manger !!! Je me précipite sous la tente médicale. Je demande un «
spasfon » et l'avale vite fait. Sur toute la montée qui a duré
presque 2 h, je n'ai rien avalé et rien bu, même pas gouté le bidon
d'Enervit. Je suis déshydraté. Le toubib me tend un sac poubelle. Je
réalise qu'il veut que je l'enfile pour la descente par-dessus mon
Gore-Tex.
Je suis mort, paumé, hébété, HS quoi. Je fais des trous pour la tête
et les bras et rejoins la longue file des cyclos attendant leur
droit à la descente, car on ne peut se lancer que 2 par 2 avec 50 m
d'écart. Il fait froid, mon téléphone ne passe pas(SFR) alors que
d'autres racontent leurs aventures à des personnes invisible.
Enfin c'est mon tour. Descente infernale, je ne sens pas les freins
sur cette bon dieu de petite route mouillée et partagée en deux.
Lau-Balagnas : j'appelle Muriel afin que je puisse rejoindre les
voitures car avec Cathy elles étaient venues nous récupérer à
l'arrivée. Mon épouse voit arriver un « Schtroumpf » et m'emmène à
la voiture.
Je récupère mon plateau repas et me laisse guider jusqu'à la
voiture. C'est fini. J'ai la tête vide. Je me change sans trop m'en
rendre compte. J'y suis malgré tout arrivé.

ALBRECHT Michaël 8 h 02' 17 3071 Caté C 1017
GADIOU Pierre 8 h 22 '35 3896 Caté D 735
SANTIDRIAN Michel 8 h 33' 48 4328 Caté D 939
PRAT Benoit 8 h 54' 09 5006 Caté B 9396
Mac NAUGHTON Neil 9 h 26' 49 5821 Caté E 2546

Ce sont les temps effectifs, pas les temps scratch.

PS : Je n'ai vu Neil qu'à l'arrivée mais pas du tout Benoit.